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Zenshu : une saison 2 est-elle encore possible ?

Le studio Mappa est composé de grands malades. On le savait déjà pertinemment face aux effusions d’hémoglobine frénétiques de Chainsaw man ou devant l’animation dantesque des combats urbains de Jujutsu kaisen. Mais quand l’un des studios les plus en vue (et les plus surchargés) de l’industrie de l’animation japonaise décide de poser soudainement ses valises dans la création totalement originale avec Zenshu au début de l’année 2025, personne n’était vraiment prêt pour la claque qui allait suivre.

Mélanger l’enfer administratif, le burn-out et la pression de la création d’un film d’animation avec de la « dark fantasy » pure et dure ? Il fallait oser. Et bordel, qu’est-ce que ça a bien fonctionné. La série a pris la communauté à la gorge, offrant un propos méta fascinant sur la difficulté de créer de l’art quand on est soi-même déconnecté de la réalité émotionnelle.

Mais maintenant que le rideau est tombé sur ces douze premiers épisodes fondateurs, l’angoisse monte : Natsuko et Luke vont-ils revenir sur nos écrans, ou la série va-t-elle rejoindre le cimetière des œuvres originales sans suite ? On décortique la situation, les rumeurs et les espoirs.

Zenshu saison 2 : le silence assourdissant des comités de production

Autant arracher le pansement d’un coup sec pour éviter que les fausses rumeurs ne gangrènent les forums : au moment où j’écris cet article, absolument aucune annonce officielle concernant une saison 2 n’a été confirmée. Depuis la diffusion du dernier épisode en mars 2025, les producteurs et les équipes de communication du studio sont en mode silence radio total. Pas le moindre petit teaser caché post-générique, pas de tweet équivoque du réalisateur, rien.

Est-ce que c’est une raison pour céder à la panique et enterrer la licence ? Non, pas forcément. Il faut comprendre comment fonctionne la mécanique interne de la japanimation. Contrairement à des mastodontes adaptés de mangas populaires qui possèdent des dizaines de tomes d’avance dans les librairies (où l’annonce d’une suite n’est qu’une simple question de formalité marketing), nous sommes ici face à une création originale.

Il n’y a aucun support papier, aucun light novel ni aucun webtoon pour dicter la suite de l’histoire. Le scénario s’écrit à l’écran. Le destin de la série repose donc entièrement et uniquement sur sa rentabilité immédiate : les ventes de coffrets Blu-ray au Japon, les produits dérivés (les fameuses figurines de Memmeln ou Unio), et surtout, les statistiques de visionnage sur les plateformes de streaming à l’international.

Si vous scrutez les réseaux sociaux nippons pour tenter de flairer la moindre fuite dans les mois à venir, gardez l’œil grand ouvert et mémorisez bien les différentes orthographes officielles de l’œuvre :

  • Le titre original japonais : 全修。 (qui se prononce Zenshū)
  • Le titre international : Zenshu

Retour sur la saison 1 : quand l’angoisse de la page blanche devient mortelle

Pour comprendre pleinement l’attachement viscéral de la communauté envers cette œuvre, et pourquoi l’attente d’une suite rend fou, il est obligatoire de se pencher sur la construction brillante de la première saison. L’anime nous a proposé un miroir fascinant, et parfois cruel, sur les coulisses de sa propre industrie.

Natsuko Hirose : le génie face à son pire cauchemar

L’histoire nous plonge dans le quotidien frénétique de Natsuko Hirose. Cette jeune femme n’est pas une animatrice ordinaire : c’est un prodige absolu. Sitôt son diplôme en poche, elle a gravi les échelons hiérarchiques de son studio avec une facilité déconcertante pour devenir une réalisatrice accomplie et adulée. Son premier grand projet personnel cartonne, la critique est à ses pieds, et on la qualifie de génie de sa génération.

Et c’est là que le piège se referme sur elle. Son studio, sentant le filon lucratif, lui confie la lourde tâche de réaliser un film d’animation à gros budget centré sur un thème précis : une comédie romantique sur le premier amour. Le problème est de taille : Natsuko est une obsédée du travail. Elle vit, dort et respire exclusivement pour ses croquis d’animation.

Elle n’a littéralement jamais été amoureuse de sa vie, ne comprend pas l’attirance romantique et n’a aucune empathie pour ce sentiment humain basique. Le terrible syndrome de la page blanche la percute de plein fouet. Les storyboards n’avancent pas, les producteurs commencent à paniquer, le budget fond, et Natsuko sombre dans une impasse créative totale.

Le Dernier Bastion : une métaphore épique

C’est ici que l’écriture du studio brille de mille feux. Pour pallier ce blocage affectif, l’esprit de Natsuko (et par extension, le récit) se retrouve intimement interconnecté avec un univers de pure fantasy. Cet endroit parallèle, connu sous le nom du Dernier Bastion, est au bord de la destruction. Il est âprement défendu par une guilde surpuissante, les Neuf Soldats, qui luttent jusqu’à l’épuisement total contre des hordes de créatures cauchemardesques et insaisissables appelées les Vides.

Natsuko y croise la route de Luke Braveheart, le fameux héros légendaire torturé par ses responsabilités, mais aussi d’une large galerie de personnages qui vont marquer les esprits. On y retrouve la charismatique Unio, Memmeln, Destiny, ou encore le redoutable QJ.

Le génie de l’œuvre réside dans son montage et ses transitions. Le parallèle entre la création chaotique et angoissante d’un film d’animation dans un bureau tokyoïte (les réunions de production interminables, la validation des dessins, la gestion des plannings) et les enjeux littéralement mortels d’un monde fantastique au bord de l’extinction fonctionne à merveille. Les combats acharnés de Luke contre les Vides deviennent la métaphore de la lutte de Natsuko contre ses propres doutes et sa dépression créative. C’est du grand art narratif.

La direction artistique : le grand écart maîtrisé

Si le scénario tient la route, la réalisation technique devait impérativement suivre. Et Mappa a mis les petits plats dans les grands en rassemblant une équipe de véritables vétérans de l’industrie.

  • La vision des créateurs : la série a été brillamment dirigée par la réalisatrice Mitsue Yamazaki (connue pour son sens du rythme) et scénarisée avec une acuité féroce par Kimiko Ueno. Ce duo a réussi à humaniser des concepts très abstraits.
  • Le visuel et l’esthétique : du côté de l’image, les concepts environnementaux de Yoshiteru Tsujino et les superbes designs des personnages signés Kayoko Ishikawa ont donné vie à deux mondes radicalement opposés. La monotonie clinique et stressante des studios d’animation contraste violemment avec les décors épiques, grandiloquents et colorés du Dernier Bastion.
  • L’environnement sonore : tout a été sublimé par la bande originale envoûtante de Yukari Hashimoto. Impossible de zapper l’ouverture rythmée nommée « Zen », interprétée avec une énergie folle par le groupe de rock Band-Maid, ou la conclusion mélancolique « Tada, Kimi no Mama de » chantée par l’artiste Sou, qui reste longuement en tête après le visionnage.

L’immense univers développé au sein du Dernier Bastion laisse la porte grande ouverte à une suite. Les Neuf Soldats ont encore de nombreux secrets à dévoiler, et l’évolution personnelle de Natsuko en tant qu’artiste et en tant que jeune femme est loin d’être arrivée à son terme.

Quelle date de sortie espérer pour la saison 2 de Zenshu ?

Redescendons sur terre un instant pour analyser le calendrier de l’industrie. Quand pourrions-nous raisonnablement poser les yeux sur la saison 2 ?

Le studio Mappa est un véritable rouleau compresseur industriel mais c’est aussi un goulot d’étranglement. L’entreprise jongle en permanence avec des projets d’une ampleur titanesque, accaparant la majorité de ses meilleurs animateurs. Monter la suite d’un anime purement original est une démarche qui exige un temps de préproduction monstrueux.

Il ne s’agit pas de simplement transposer des cases de manga à l’écran : il faut réunir les scénaristes initiaux, valider de nouveaux arcs narratifs de A à Z, concevoir de nouveaux environnements originaux et s’assurer que l’équipe d’animation clé est disponible pour conserver l’identité visuelle de la première saison.

Sachant que la première saison s’est achevée en mars 2025, et que les productions originales japonaises de cette envergure demandent généralement deux à trois longues années de développement pour maintenir une exigence de qualité stricte, la mathématique est cruelle.

Même si le feu vert a été donné en secret par le comité de production au vu du succès critique, il ne faut logiquement pas attendre cette deuxième saison avant la toute fin de l’année 2027, voire le début de l’année 2028.

Oui, c’est une attente qui paraît interminable. Mais si c’est le prix à payer pour éviter de se retrouver avec une suite rushée, mal animée et sans âme (un phénomène tristement courant dans le milieu), alors on est prêts à patienter.

Où redécouvrir ce chef-d’œuvre en attendant ?

Si cet article a ravivé la flamme ou que vous ressentez le besoin impérieux d’analyser chaque épisode à la loupe pour y dénicher des indices cachés sur la suite, la solution de rattrapage est très simple.

L’intégralité des douze épisodes de la première saison est disponible en haute définition sur le catalogue de la plateforme Crunchyroll. Le diffuseur propose la série en version originale sous-titrée avec une localisation de très haut niveau, un point crucial pour bien saisir l’argot technique très spécifique du milieu de l’animation utilisé par les personnages dans le monde réel.

Et bonne nouvelle pour ceux qui aiment l’immersion totale ou qui sont allergiques à la lecture frénétique de sous-titres : une version française intégrale de grande qualité est également disponible. Dirigée d’une main de maître par la directrice artistique Géraldine Frippiat (au sein du prestigieux studio de doublage Khobalt), cette adaptation francophone brille par le naturel de ses dialogues et l’intensité du jeu de ses comédiens, qui n’ont rien à envier au casting japonais original.

La balle est désormais exclusivement dans le camp de Mappa. Zenshu est une lettre d’amour douloureuse mais magnifique à la création artistique. Elle mérite de s’épanouir sur plusieurs saisons. En attendant qu’un teaser providentiel ne vienne retourner la sphère otaku, dites-nous en commentaire ce qui vous a le plus marqué. Êtes-vous plus investi par les deadlines intenables de Natsuko au bureau ou par les combats sanglants de Luke sur le champ de bataille ? On vous attend de pied ferme pour en débattre !

Konohate

Passionné par le Japon et la culture geek depuis le plus jeune âge, je partage mon univers.